En bref
- Le maître d’ouvrage attend du chantier « une source de clientèle supplémentaire, notamment pour les restaurants et hôtels » A-203, sans chiffre. Il dit ne disposer d’aucun exemple équivalent A-215.
- Le précédent le plus proche est Oloron-Bedous, rouvert en 2016 : environ 40 voyageurs par jour au mois le plus fréquenté selon la Cour des comptes A-230. Aucun bilan pour les commerces n’a été fait.
- Ailleurs, une ligne rurale rouverte peut amener des visiteurs : en Écosse, un touriste sur quatre dit qu’il ne serait pas venu sans le train A-242. D’autres lignes rouvertes ont transporté un cinquième de ce qui était prévu A-247.
- Aucun dispositif d’indemnisation des commerces pendant les travaux n’est annoncé.
Pendant le chantier
Le dossier de 2024 prévoit un service de car de substitution entre les gares et des interruptions « sur des portions réduites » A-210, un dossier de bruit de chantier déposé en mairie un mois avant les travaux et un numéro vert A-209. Les travaux modifieraient « les conditions de circulation et de franchissement » le long de la RN 134 A-212. Ni la durée du chantier, ni le nombre de camions par jour, ni l’emplacement des bases travaux ne sont publiés.
Côté clientèle, le maître d’ouvrage écrit que le personnel du chantier constituerait « une source de clientèle supplémentaire, notamment pour les restaurants et hôtels » A-203, tout en reconnaissant que « les besoins en matière de recrutement ne sont pas encore connus » A-204. Les garants ont noté que des habitants attendaient davantage sur les retombées locales du chantier A-222.
Ce que d’autres chantiers montrent : sur la LGV Tours-Bordeaux, dont les travaux ont duré 66 mois A-248, l’effet économique a été « essentiellement de court terme » A-254. Les entreprises qui avaient « misé sur le chantier pour diversifier leur activité sans relais de croissance » se sont retrouvées exposées à sa fin A-253. Un chantier fait vivre, puis s’en va.
Ce que d’autres chantiers ont prévu : pour le tramway de Tours, l’agglomération a versé 2,12 millions d’euros d’indemnisations aux commerçants gênés par les travaux A-256. C’est un chantier urbain, pas une vallée, et rien de tel n’est annoncé pour Pau-Canfranc. Mais le mécanisme existe, et il se demande.
Après l’ouverture
Oloron-Bedous, 2016. Même ligne, même vallée : c’est le précédent qui compte. La réouverture « visait à désenclaver les communes de la vallée d’Aspe » A-232, pour environ 100 millions d’euros A-231, dont 1,5 million apportés par l’État A-233, avec quatre allers-retours par jour A-229. La chambre régionale des comptes note que la haute vallée est « peu peuplée même si elle connait une fréquentation touristique saisonnière » A-236. La Cour des comptes a constaté « environ 40 voyageurs par jour en juillet, qui est le mois le plus fréquenté » A-230. La fréquentation a progressé ensuite, de 12 % dès la deuxième année A-234, puis jusqu’à 700 usagers par jour sur l’ensemble de la ligne Pau-Bedous en 2023 A-211, sans qu’on sache combien vont jusqu’à Bedous. Aucune administration n’a mesuré ce que ces voyageurs ont apporté aux commerces d’Oloron ou de Bedous.
Canfranc, 2025. De l’autre côté du tunnel, la ligne Huesca-Canfranc a été fermée deux ans pour 180 millions d’euros de travaux A-257. À la reprise, plus de 10 000 billets ont été vendus le premier mois, contre 3 000 la dernière année comparable A-258. Ce sont des ventes d’été, pas des retombées mesurées.
Ailleurs. Le Borders Railway, ligne rurale écossaise rouverte en 2015, a transporté en un an un total conforme à la prévision de 647 136 allers-retours A-237, mais avec sept fois plus de voyageurs que prévu à son terminus rural et moins que prévu en zone périurbaine A-238. La deuxième année, la fréquentation a encore progressé de 9,5 % A-241. Un touriste sur quatre dit qu’il n’aurait pas fait le voyage sans le train A-239, une proportion confirmée la deuxième année A-242. Les nuitées en hôtels et chambres d’hôtes de la région ont progressé de 27 % au premier semestre suivant l’ouverture A-240, sans qu’on puisse dire quelle part revient au train. À l’inverse, Belfort-Delle transportait 400 à 600 voyageurs par jour deux ans après sa réouverture, pour un objectif de 1 600 A-246 et une prévision initiale de 3 700 A-244. Nantes-Châteaubriant n’a pas atteint le cinquième de ses 11 200 voyages par jour prévus A-247.
Ce que ces exemples ont en commun : le résultat n’est pas prévisible d’avance, et il dépend de la desserte réelle. Ici, six TER par jour seulement iraient au-delà de Bedous A-089.
Ce qui dépend de votre situation
- Un hôtel ou un gîte, parmi les 7 600 lits que le maître d’ouvrage compte sur le territoire A-205, dépend de la venue de visiteurs sans voiture : combien de trains s’arrêteraient près de chez vous, à quelles heures, et depuis où.
- Un commerce de proximité dépend surtout de l’accès pendant les travaux et des passages à niveau conservés : un client qui doit faire un détour ne vient plus.
- Un commerce sur la RN 134 vit en partie du trafic de passage. Le projet vise à en retirer les poids lourds, sans que le report attendu soit démontré : voir Ce qui ne passera pas sur le rail.
Ce qu’on ne sait pas encore
- La durée du chantier et son phasage dans la vallée.
- Le nombre de voyageurs attendus à chaque halte, que personne n’a publié A-220.
- Si un dispositif d’indemnisation amiable des commerces pendant les travaux sera créé.
- Les horaires, et donc si un visiteur peut venir et repartir dans la journée.
Agir
- Chiffrez votre dépendance à l’accès : part de la clientèle de passage, accès par un passage à niveau proposé à la suppression, saison. Ce sont les éléments d’un dossier d’indemnisation.
- Demandez par écrit au maître d’ouvrage la durée du chantier devant chez vous et l’existence d’une commission d’indemnisation, puis déposez la question à l’enquête publique. Voir le calendrier.
- Demandez la desserte, pas le projet : nombre de trains qui s’arrêteraient à votre halte, et à quelles heures. C’est ce qui fait ou non venir un client.
- Écrivez-nous : asso-pbc@mailo.com.
Pour aller plus loin
- Je dirige une entreprise : fret, recrutement et chantier.
- Le trafic ferroviaire : ce que la ligne transporte aujourd’hui et ce qui est envisagé.
- Cour des comptes, rapport sur les TER, 2019 : l’encadré sur Oloron-Bedous.
- Transport Scotland, évaluation du Borders Railway : une réouverture rurale évaluée.