Beaucoup de gens pensent qu’il ne sert à rien de se battre contre un projet d’État : qu’on est trop petits, que tout est décidé. Cette section ne cherche pas à convaincre du contraire. Elle rassemble des cas où des habitants, des paysans, des communes ont refusé un projet, et où le projet ne s’est pas fait. Chaque exemple est daté, sourcé, et dit ce qu’il ne montre pas.

Ce sont des projets comparables à celui de Pau-Canfranc par leur taille ou par leur procédure : une déclaration d’utilité publique, un porteur public, un besoin invoqué, une vallée ou un plateau qui devait le supporter.

Sept projets abandonnés ou annulés

ExempleProjetCe qui a fait la différenceIssue
Le Larzac, 1971-1981Extension d’un camp militaireDix ans de refus, des recours, une alternance politiqueAbandon en Conseil des ministres
Plogoff, 1976-1981Centrale nucléaireUne enquête publique refusée par la commune, une promesse de candidatAbandon, puis abrogation de la déclaration d’utilité publique
Serre de la Fare, 1986-1994Barrage sur la LoireUn jugement, cinq ans d’occupation, une alternative de gestion du fleuveAbandon, remplacé par le Plan Loire
Le canal Rhin-Rhône, 1978-1997Canal à grand gabarit dans la vallée du DoubsDes manifestations qui deviennent un engagement de campagneAbrogation par décret
La ligne THT du Verdon, 1986-2008Ligne à 400 000 voltsUn recours gagné sur le bilan du projetAnnulation, puis ligne enterrée
La LGV Poitiers-Limoges, 2015-2017Ligne ferroviaire à grande vitesseDes communes et des associations qui attaquent un financement absentAnnulation par le Conseil d’État, projet non repris
L’autoroute A45, 2008-2020Seconde autoroute Saint-Étienne-LyonUne contre-proposition : aménager l’existantAbandon, déclaration d’utilité publique caduque

Deux exemples pyrénéens qui n’ont pas abouti

  • Le tunnel du Somport, 1988-2003 : la vallée d’Aspe s’est déjà mobilisée, et le tunnel s’est fait. Les opposants d’alors réclamaient le train.
  • La mine de Salau, 2016-2026 : deux annulations en justice, puis le Conseil d’État donne tort à la commune. Gagner un procès n’est pas gagner.

Les inclure n’affaiblit pas les autres. C’est ce qui permet de lire les sept premiers pour ce qu’ils sont : des cas où plusieurs conditions se sont trouvées réunies.

Ce que ces exemples ont en commun

La durée. Aucun de ces projets n’a été abandonné en quelques mois. Dix ans au Larzac, vingt ans dans le Verdon et la vallée du Doubs, douze ans pour l’A45. Ce qui a compté, c’est de tenir assez longtemps pour qu’une échéance arrive : une élection, une caducité, un jugement.

Le droit. Dans cinq cas sur sept, une décision de justice a fait tomber un acte : la Cour de cassation au Larzac, le tribunal administratif à Serre de la Fare, le Conseil d’État pour le Verdon et Poitiers-Limoges. Le juge ne décide pas si un projet est bon ; il vérifie que le dossier démontre ce qu’il prétend. Un financement absent, une évaluation incomplète, un bilan défavorable sont des motifs d’annulation. Pour Pau-Canfranc, voir ce que le dossier n’a pas encore produit dans Financement et utilité publique.

Les communes. Des communes ont été requérantes à Poitiers-Limoges et à Salau, ont organisé des consultations au Larzac, ont refusé leur mairie à Plogoff, ont boycotté une inauguration au Somport. Une commune du tracé a des moyens d’agir qu’un particulier n’a pas.

L’alternative. À Serre de la Fare, dans le Verdon, pour l’A45, pour Notre-Dame-des-Landes, le projet a été remplacé par autre chose qui répondait au besoin invoqué : une gestion du fleuve, une ligne enterrée, l’aménagement de l’existant. Un refus qui propose donne au décideur une sortie. C’est le sens de la section Les alternatives.

Le calendrier politique. Le Larzac, Plogoff et le canal Rhin-Rhône ont été abandonnés dans les semaines qui ont suivi une alternance. La mobilisation avait fait du projet un enjeu ; l’élection l’a tranché. Ce n’est pas une garantie, c’est une fenêtre.

Ce qu’ils ne montrent pas

Ils ne montrent pas qu’une vallée gagne seule, ni qu’elle gagne toujours. Le tunnel du Somport s’est fait. Ils ne montrent pas non plus qu’un abandon est définitif : la LGV Poitiers-Limoges a été relancée en paroles avant de s’éteindre, et le permis de Salau est revenu après avoir été annulé deux fois.

Enfin, ils ne disent rien du bien-fondé du projet Pau-Canfranc. Cette section répond à une seule question : est-il possible de faire reculer un projet de cette ampleur ? La réponse documentée est oui, à certaines conditions. La question de savoir s’il faut le faire est traitée ailleurs sur ce site.

Un autre exemple, aussi ambigu

Notre-Dame-des-Landes, 1963-2018, est le cas le plus connu. Il est présenté à part parce qu’il est le plus ambigu : le projet avait gagné devant les tribunaux et dans les urnes, et c’est une occupation illégale de dix ans qui a fini par décider le gouvernement. Il est utile pour la place qu’y a tenue l’alternative, pas comme modèle.

Méthode

Chaque page suit le même plan : le projet, la mobilisation, l’issue, ce qu’il est advenu ensuite, ce que l’exemple montre et ce qu’il ne montre pas. Chaque fait porte une pastille qui renvoie à sa citation dans le registre des affirmations. Les sources sont, dans l’ordre de préférence, les décisions de justice, les textes officiels, les rapports parlementaires, les archives publiques, la presse, et en dernier recours les pages associatives ou encyclopédiques, signalées comme telles.

Vous connaissez un exemple qui manque, ou une source meilleure que celles citées ? Écrivez à asso-pbc@mailo.com.