En bref

Le projet : l’État voulait étendre le camp militaire du Larzac de 3 000 à 17 000 hectares, en expropriant une centaine d’exploitations.

La mobilisation : dix ans. Un serment collectif, des rassemblements de dizaines de milliers de personnes, des consultations communales, des recours qui ont fait tomber 66 expropriations.

L’issue : le projet est abandonné le 3 juin 1981. Depuis 1985, les terres acquises par l’État sont louées aux paysans du plateau, jusqu’en 2083.

Le projet

Le 28 octobre 1971, le ministre de la Défense nationale annonce à la télévision l’extension du camp militaire de La Cavalerie, sur le plateau du Larzac, de 3 000 à 17 000 hectares. Une centaine de chefs d’exploitation comprennent qu’ils vont être expropriés A-091.

Le porteur du projet est l’État lui-même, et le motif est la défense nationale. C’est un rapport de force plus défavorable encore que celui d’une infrastructure de transport : aucune enquête publique n’y pèse autant qu’un arbitrage ministériel.

La mobilisation

Le 28 mars 1972, 103 agriculteurs s’engagent par serment à ne pas vendre leurs terres à l’armée A-092. L’État poursuit malgré tout : la déclaration d’utilité publique intervient en décembre 1972, puis des arrêtés de cessibilité en 1978 A-092.

La lutte change alors d’échelle. Les 25 et 26 août 1973, entre 60 000 et 100 000 personnes se rassemblent sur le plateau pour soutenir les paysans menacés A-096. Les formes se multiplient sur dix ans : marches vers Paris, constructions sans permis, rachat de terres pour bloquer les acquisitions.

Deux leviers moins connus comptent autant que les rassemblements. En février 1979, les communes de Millau, Creissels et La Couvertoirade organisent des référendums sur l’opportunité du projet A-093. Le 7 mai 1980, la Cour de cassation annule 66 procédures d’expropriation A-094. Le projet n’est pas arrêté pour autant : une seconde enquête parcellaire est ouverte à l’automne 1980 A-094.

L’issue

Le 3 juin 1981, le président de la République annonce l’abandon du projet en Conseil des ministres. Le préfet le confirme le 8 juillet A-095.

La décision suit de trois semaines une élection présidentielle. Le Larzac est un cas où la mobilisation a d’abord obtenu un engagement de candidat, puis sa tenue. Elle n’a pas fait plier le gouvernement qui portait le projet : elle a duré assez longtemps pour qu’un autre gouvernement arrive.

Ce qu’il est advenu ensuite

L’État avait acquis 6 300 hectares. Depuis le 29 avril 1985, il les met à disposition des paysans et habitants du plateau par un bail emphytéotique, signé avec la société civile qu’ils ont créée A-097. Le bail de 1985 était de 60 ans ; en juillet 2013, il est porté à 99 ans, soit jusqu’en 2083 A-098.

Les terres qui devaient devenir un champ de tir sont donc cultivées, sous une gestion collective des exploitants, avec une sécurité foncière que peu d’agriculteurs connaissent.

Ce que cet exemple montre, et ce qu’il ne montre pas

Il montre qu’un projet porté par l’État, déclaré d’utilité publique et engagé jusqu’aux expropriations, peut être abandonné. Il montre aussi que la durée est une arme : les recours et les consultations locales ont tenu la procédure en échec assez longtemps pour qu’une alternance politique la tranche.

Il ne montre pas qu’une mobilisation locale suffit. Le Larzac a été porté par des soutiens nationaux, et la décision finale a été politique, pas administrative. Rien ne dit qu’elle serait intervenue sans le changement de majorité de 1981.

Sources