En bref

Le projet : une seconde autoroute entre Saint-Étienne et Lyon, environ 48 km, 1,2 milliard d’euros, déclarée d’utilité publique par décret en juillet 2008.

La mobilisation : des maires des communes traversées, un collectif d’habitants des coteaux du Jarez, des agriculteurs dont les fermes devaient être coupées, puis le département du Rhône. Un rassemblement avec 140 tracteurs à l’été 2017.

L’issue : la ministre des Transports annonce l’abandon le 17 octobre 2018 et réaffecte les crédits à la route et au train existants. La déclaration d’utilité publique s’éteint d’elle-même en juillet 2020.

Le projet

Par un décret du 16 juillet 2008, l’État déclare d’utilité publique les travaux d’une autoroute d’environ 48 km entre Saint-Étienne et Lyon A-118, pour doubler l’A47 saturée. Le coût est estimé à 1,2 milliard d’euros, partagé par tiers entre l’État, le concessionnaire pressenti et les collectivités locales A-120. Le décret donne douze ans pour réaliser les expropriations A-119.

Le projet est soutenu par les principales collectivités de la Loire. Ce n’est pas un projet marginal : il a une enquête publique derrière lui, une déclaration d’utilité publique, un concessionnaire pressenti et un financement annoncé.

La mobilisation

Elle vient d’abord des communes traversées. En 2016, le maire de La Talaudière, dont la commune serait coupée en deux, est l’un des principaux opposants, rejoint par un collectif de sauvegarde des coteaux du Jarez, où le tracé supprimerait des vergers A-121. Ces habitants ne réclament pas rien à la place : ils demandent l’élargissement de l’A47 et le renforcement du train A-121. Côté Rhône, le président du département promet des recours pour le plateau mornantais A-121.

Une coordination d’opposants se forme à l’automne 2016. À l’été 2017, un rassemblement à Saint-Maurice-sur-Dargoire réunit 140 tracteurs ; un agriculteur dont la ferme devait être coupée en deux y voit le moment où le projet a basculé A-126.

L’issue

Le 17 octobre 2018, la ministre des Transports annonce dans un entretien au Progrès que l’A45 ne se fera pas, et que l’État privilégie des solutions alternatives routières et ferroviaires A-122. Les 400 millions d’euros que l’État devait y investir sont réaffectés à l’A47 et à la liaison ferroviaire Saint-Étienne-Lyon A-123.

Il n’y a pas eu d’acte d’abandon. Interrogé au Sénat sur la forme juridique de la décision, le gouvernement répond un an plus tard que la déclaration d’utilité publique deviendra caduque le 16 juillet 2020 faute de prorogation A-124. Ce jour-là, elle tombe, et avec elle la possibilité de lancer les travaux A-125.

Ce qu’il est advenu ensuite

Aucune expropriation n’a été réalisée. Les crédits ont été annoncés pour la route et le rail existants ; aucune source consultée ne décrit l’état de ces aménagements depuis 2020 A-123.

Ce que cet exemple montre, et ce qu’il ne montre pas

Il montre qu’une déclaration d’utilité publique a une durée de vie. Douze ans ici. Un projet qui ne démarre pas avant l’échéance retombe, sans que personne ait à l’abroger : la mobilisation n’a pas besoin de faire annuler un acte, il lui suffit parfois d’empêcher qu’il soit exécuté à temps.

Il montre aussi que la revendication a compté autant que le refus. Les opposants demandaient l’aménagement de l’existant. C’est ce que la ministre a repris dans son annonce.

Il ne montre pas que la mobilisation locale a seule fait la décision. Le projet avait reçu un avis défavorable d’une instance nationale d’orientation des infrastructures avant l’annonce, et l’État cherchait à réduire ses engagements. La pression des habitants s’est ajoutée à un contexte budgétaire.

Sources