En bref

Le fait : exact, mais pour les seuls TER au-delà de Bedous.

La conclusion : ne tient pas. Les mêmes hypothèses comptent trente trains par jour à Etsaut ou Urdos, dont vingt de fret. Ce total n’est pas une prévision non plus : personne n’a publié le trafic attendu.

L’argument

On l’entend en réponse aux inquiétudes des riverains de la haute vallée : avec six trains par jour, le bruit, les passages à niveau fermés et la coupure des villages resteraient marginaux.

Ce que disent les sources

Le chiffre existe. Les hypothèses présentées pendant la concertation de 2024 prévoient 13 allers-retours TER par jour A-001. Trois seulement iraient au-delà de Bedous, ce qui fait six TER par jour aux futures haltes d’Etsaut ou d’Urdos, trois dans chaque sens A-089.

Mais ces six trains ne sont que les TER. Le même document compte 30 trains par jour au niveau des futures haltes d’Etsaut ou d’Urdos A-089 :

ServiceTrains par jourSource
TER6A-089
Longue distance4A-002
Fret20A-003
Total30A-089

Plus bas dans la vallée, le compte monte : 42 trains à Bedous, jusqu’à 50 entre Pau et Oloron A-090.

Ce qui tient, ce qui ne tient pas

Le chiffre est juste, pour les voyageurs. Six TER par jour au-delà de Bedous, c’est bien ce que prévoient les hypothèses de 2024.

La conclusion ne suit pas. Ce qui gêne un riverain, c’est le nombre de trains qui passent devant chez lui, pas le nombre de trains dans lesquels il peut monter. À Etsaut ou à Urdos, l’infrastructure est dimensionnée pour cinq fois plus de trains que les seuls TER A-089. Les deux tiers seraient des trains de fret, dont les horaires n’ont pas été publiés.

Trente n’est pas une prévision pour autant. Le lire ainsi serait commettre la même erreur dans l’autre sens. Les vingt trains de fret sont une capacité de dimensionnement, pas un trafic attendu A-003. L’étude de Béarn Adour Pyrénées estime qu’un aller-retour de fret Pau-Canfranc prendrait 5 h à 5 h 30 A-071, et évalue la demande potentielle au quart environ de ce que deux allers-retours quotidiens pourraient transporter A-075. Le détail figure dans Le trafic ferroviaire.

Personne ne peut donc dire aujourd’hui combien de trains passeraient réellement à Etsaut. Ni six ni trente ne sont des prévisions.

Position de Pyrénées Bien Commun

L’association considère que les effets sur les riverains doivent être évalués pour le trafic que l’infrastructure permettra, pas pour le service prévu à l’ouverture. Une ligne dimensionnée pour trente trains peut les recevoir un jour, sans nouveau chantier.

Le même chiffre, dans l’autre sens

On entend aussi : « Six trains par jour, pour un tel investissement, c’est absurde. »

Le fait est le même, et la conclusion ne tient pas davantage. Les six TER ne sont qu’une part du service envisagé dans la haute vallée : le projet affiche aussi des objectifs de longue distance et de fret A-007. Surtout, le coût complet du projet n’a pas été publié. Sans lui, le coût par train, par voyageur ou par tonne ne peut pas être calculé. Voir Financement et utilité publique.

Ce qu’on ne sait pas encore

  1. Le trafic de fret attendu, distinct de la capacité. Aucun plan d’affaires fret n’a été publié.
  2. Les horaires, et en particulier la part des trains de fret qui circuleraient la nuit.
  3. La durée cumulée de fermeture de chaque passage à niveau.
  4. Les résultats de l’étude acoustique détaillée.

Répondre en deux phrases

Six, c’est le nombre de TER prévus au-delà de Bedous. La même fiche de SNCF Réseau compte trente trains par jour à Etsaut ou Urdos, dont vingt de fret : c’est pour ce trafic que la ligne serait construite, et c’est lui qu’il faut évaluer.

Pour aller plus loin